Le «travail» de l'écriture¹

Cette intervention sera centrée sur la question de l’utilisation de la médiation de l’écriture en psychopédagogie². Dans un dispositif proche de celui d’un atelier d’écriture littéraire, les enfants sont accompagnés à écrire à partir de propositions pensées par le psychopédagogue à leur intention en fonction de ce qu’il peut entendre de leurs questions, et étayées de textes littéraires. Ils sont invités à travailler et retravailler leurs textes « à la manière d’un écrivain ». Qu’il s’agisse de fiction, d’éléments autobiographiques, de poésie ou de tout autre genre littéraire, les enfants y expriment de manière plus ou moins déguisée des éléments de leur problématique qui peuvent constituer la matière première de l’écriture, mais ne font pas l’objet d’un questionnement ni d’interprétations. Ces éléments apparaissent, sont entendus par le psychopédagogue qui accuse réception du message, tandis que le travail est centré sur la forme du texte, sur ses qualités littéraires, sa construction, la clarté, la cohérence, la tension vers les lecteurs potentiels, jusqu’à la socialisation de cet écrit par le passage vers des lecteurs anonymes.
L’écriture au sens d’un acte de création engageant la subjectivité de l’écrivant est une activité solitaire, mais elle met paradoxalement en travail la question du rapport à l’autre, absent en l’occurrence. Les enfants, lorsqu'ils s’en saisissent, montrent comment devenir auteurs les ouvre à la dimension de l'altérité, transforme leur rapport à eux-mêmes et à autrui, et leur permet de (re)devenir acteurs de leur métier d'élève. C’est un outil symbolique qui ouvre à la transformation des difficultés psychiques en un objet littéraire en même temps qu’à l’apprivoisement des contraintes de la langue écrite, à la réconciliation avec les apprentissages et au réinvestissement du sujet dans la scolarité.
En ce sens, la psychopédagogie me paraît être une proposition thérapeutique d’actualité, particulièrement intéressante pour les adolescents. En effet, la demande scolaire leur permet d’avancer masqués, tandis que la psychopédagogie ouvre la possibilité de l’articulation du travail psychique qui se déploie en sourdine et du travail pédagogique qui s’accomplit sur le devant de la scène.

1. Texte de présentation d’une intervention faite aux journées d’étude de la Fédération des CMPP du 1er au 3 décembre 2005 à Paris, dans le cadre de l’atelier intitulé : « La psychopédagogie est-elle toujours d’actualité ? ».
2. Je développe cette forme de travail dans une partie du livre Le saisissement de l’écriture, (2004), Paris, L’Harmattan.

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